Dossier Logiciel Libre

Ces dernières années nous observons une croissance à deux chiffres sur les marchés de l’Open Source. Le grand public comme les entreprises sont de plus en plus sensibles à cette nouvelle approche de diffusion et de commercialisation des logiciels, la demande devient de plus en plus forte et de nouveaux acteurs sont apparus. La concurrence s’en ressent, les gros éditeurs prennent la menace au sérieux et les petits éditeurs doivent en faire autant et se questionner afin de déterminer si ce nouveau courant constituerait-il une opportunité pour eux ?

Nous présenterons dans quelle mesure les logiciels libres montent en puissance, d’où provient la demande puis quels sont les acteurs sur ce marché. Enfin, nous tenterons de savoir si cette nouveau courant, source de concurrence, ne pourrait pas être au contraire une opportunité pour les éditeurs plus modestes.

La montée en puissance des logiciels libres

Qu’en est-il de la croissance de l’Open Source ? Quelles sont les utilisations les plus fréquentes ? Dans quel types d’application retrouve t-on le libre ? Nous regarderons en
premier lieu les caractéristiques d’un logiciel libre puis la demande et l’offre que le marché présente avant de s’arrêter sur les acteurs du marché et les modèles d’affaires.

Les principes de base d’un logiciel libre

Les logiciels libres ne sont pas nés récemment, ils sont issus du projet GNU qui pris son envol en 1984 et qui milite pour la liberté des droits d’utilisation et l’accès au code source. Des communautés de développeurs, dont des fondations, contribuent à leur développement. Ce sont des bénévoles, des étudiants, des chercheurs et désormais ce sont aussi des contributeurs constitués en société. Logiciel libre se dit Free software en anglais mais en aucun cas cela ne veut dire gratuit. Pour être qualifié de logiciel libre, il est nécessaire de permettre :

  • l’accès au code source,
  • la liberté d’exécuter le programme pour tous les usages,
  • la liberté de copier et de redistribuer des copies (y compris de les vendre),
  • la possibilité d’améliorer le programme pour l’adapter à ses besoins et de publier ses améliorations,
  • de fusionner deux logiciels libres même si on n’en est pas l’auteur.

Il est alors possible d’obtenir la reconnaissance de la Free Software Foundation. Légèrement différents, existent les logiciels open source, reconnus par l’Open Source Initiative pour leur code source disponible, leur liberté de distribution et la possibilité d’en réaliser des travaux dérivés. En réalité, il est extrêmement compliqué de trouver des logiciels qui ne respecte pas à la fois les exigences de la FSF et de la OSI. Rien de surprenant de les voir associés par l’Union Européenne sous le terme de Free Libre Open Source Software ou FLOSS, nouveau terme de la commission européenne pour parler des logiciels libres.

Les licences des logiciels libres offrent un cadre légal très précis, notamment la licence GPL. Il existe une multitude de licence libre, les trois les plus utilisées sont dans l’ordre la GPL, la LGPL et la BSD. Le caractère de la première, et dans une moindre mesure de la seconde, explique leur omniprésence parmi une multitude de licences libres. Leur viralité est directement liée à la notion de copyleft que l’on retrouve entre autres sur ces deux licences, mais pas sur toutes. Le copyleft garantit, contrairement au copyright qui protège le droit d’auteur, la liberté d’utiliser, d’étudier, de modifier et de diffuser le logiciel et ses versions dérivées. Pour un logiciel libre, le copyleft signifie de manière générale que toute modification du logiciel dans une copie aura forcément le statut de logiciel libre elle aussi.

Le libre se développe à tous les niveaux

La tendance est clairement en faveur du développement du libre. De nombreux déploiements à grande échelle prouvent la pertinence de l’usage des Logiciels Libres. En 2006, le marché du logiciel libre a enregistré une croissance de 80% et représenté 450 millions d’euros en France, services et logiciels inclus. Selon le Gartner group, le logiciel libre représentait en 2009 20% du marché mondial des licences et services, soit 88 milliards d’euros. Début 2007, l’Union Européenne, via un rapport, a encensé l’Open Source qui serait favorable aux innovations bien plus que le modèle des codes propriétaires qui cloisonnerait le marché. Les recommandations du rapport vont au soutien de la recherche et de la standardisation de l’open source et le recours au libre dans l’éducation. Le don de code pourrait d’ailleurs être assimilé à une offre charitable (avec exonérations fiscales). L’U.E. estimait par ailleurs que le poids du marché des services liés au logiciel libre aurait donc du atteindre 69 milliards d’euros en 2010 en Europe, chiffre jugé optimiste et tempéré par Pierre Audoin Consultant.

Les logiciels libres prennent une place chaque année plus importante dans les usages courants. L’un des projets les plus plébiscité n’est autre que OpenOffice.org, la suite bureautique concurrente de Microsoft Office. Même si le géant adverse détient encore la très grande majorité des part de marché général le projet libre a progressé. De 2002 à 2007, c’est plus de 93 millions de téléchargements qu’à enregistré le site.

Concernant les navigateurs internet, le navigateur au code source ouvert Mozilla Firefox était utilisé en mars 2007 par 80 millions d’internautes à travers le monde. Sa part de marché au niveau mondial de 16%, soit une progression de 4% sur un an. L’Europe utilise davantage Mozilla Firefox (23,2%) que l’Amérique du Nord (14,5%). Dans les autres « régions » du monde, ces taux varient de 11 à 12,4%. En France, le taux d’utilisation de Firefox en 2007 lui donne une part de marché de 22,3 %, ce qui est inférieur à celui de l’Europe mais la progression enregistrée est plus forte avec + 8 %. Alors que Firefox 3 arrivait, la version 2 fut téléchargée 500 000 fois par jour. Sa progression mondiale constante s’explique par sa qualité reconnue et parce qu’il est plus facile pour l’utilisateur de changer de navigateur web que de système d’exploitation ou de messagerie. Malheureusement, si les années suivantes ont vu une confirmation de la qualité du navigateur au renard de feu, elles ont aussi vu naitre Google Chrome, un vrai concurrent qui a limité les parts de marché de son homologue Open Source.
Concernant la messagerie électronique Mozilla Thunderbird, il est plus difficile de définir sa part de marché. La solution serait utilisée par 10 millions d’internautes à ce jour.

progression de firefox en 2006 2007

Firefox est partout dans le monde
Part d’utilisation de Firefox en Europe d’avril 2006 à mars 2007

Le libre est aujourd’hui présent sur toutes les couches logiciel de l’ordinateur, leur qualité est aujourd’hui reconnue. Sur les serveurs, Linux s’impose progressivement. En 1997, les parts de marché mondiales des serveurs Linux étaient de 1 % et d’après Forester Ressearch de 25 % en 2007. Dès 2006, Linux était même leader en ce qui concerne les systèmes d’exploitation utilisés dans les systèmes embarqués.

Linux système d'exploitation dominateur

Et s’il y a un domaine dans lequel le libre est omniprésent il s’agit des applications internet, quoi de plus normal puisqu’Internet en est le moyen de diffusion originel et actuellement toujours le canal de diffusion privilégié. D’après une enquête de Forester Ressearch, 69 % des applications Internet utilisées par les entreprises étaient libres, déjà en 2007. Cette même année, le taux d’utilisation de composants Open Source par les entreprises en Europe était de 57 % pour les outils de développement, de 49 % pour les systèmes d’exploitations, de 23 % pour ce qui concerne la sécurité, de 14 % pour les bases de données ou encore de 11 % pour les logiciels d’intégration et les middleware* qui, toujours d’après Forester Ressearch, seraient les deux grandes priorités des entreprises au déploiement de l’Open Source dans leur système d’information. Parmi les principaux projets associés à ces chiffres, on peut compter Apache en matière d’infrastructure Internet, les outils de développement apportés par les fondations PHP ou Eclipse, Linux qui s’étend rapidement sur les systèmes d’exploitation haut de gamme, ou encore les basses de données MySQL et PostgreSQL.

*Middleware ou intergiciel :, logiciel servant d’intermédiaire entre plusieurs applications complexes.

C’est donc dans le domaine des applications pour serveur et applications internet que l’offre est la plus large. Mais depuis trois ans, apparaissent des progiciels Open Source. Aiguillonnant SAP, on trouve désormais des logiciels libres de gestion intégrée (Compierre, ERP5, TinyERP …), mais aussi pour la relation client (Sugar CRM, VTiger …), le décisionnel (Jasper Report, Pentaho …) ou la gestion documentaire (Alfresco). Ce sont des produits davantage destinés aux petites entreprises qu’aux grands comptes car leurs couvertures fonctionnelles ne sont souvent pas complètes. Néanmoins, ces produits commencent à être assez professionnels pour entrer dans les solutions à étudier très sérieusement. « Les progiciels de gestions libre existent et sont compétitifs pour faire du CRM (Gestion de Relation Client), du SRM (Gestion de la Relation Fournisseur), du FI/CO (Finance/Comptabilité), de la Gestion des stocks, de la GPAO et du Business Intelligence (décisionnel). On retrouve dans ces domaines les projets Open Blue Lab, Neogia, Dolibarr, Adempierre, Compiere, Spago BI etc. », dixit Cyrille Lambert, en 2007, membre d’Alliance Libre.

Les utilisations et l’offre en matière de logiciels libres s’accélèrent dans le monde entier et l’Europe semble décider à ne pas passer à côté de cette source d’innovation et de croissance. Le grand public s’est familiarisé au libre grâce aux équivalents libres de grands logiciels sous licence propriétaire que sont Internet Explorer ou Office. Des composants libres sont utilisés par les développeurs dans à peu près tout type d’application.
La France apparaît comme l’un des pays européens les plus fervents adeptes des logiciels libres tant au niveau des communautés, que des projets ou des compétences présentes sur le territoire national puisque le marché du libre y concernait en 2006 environ 400 entreprises soient 5000 emplois dont le Gartner group estimait alors une progression du nombre allant jusque 40000 d’ici 2010, combien aujourd’hui ? Mais quels sont donc les demandeurs de logiciels libres en France ?

La demande de libre en France

Les marchés publics sont l’un des moteurs de la croissance du libre en France. De nombreuses administrations ont déjà basculé vers le libre. Parmi les outils open source les plus utilisés on compte la suite open office ou encore les outils de gestion de processus métier. La gendarmerie nationale, précurseur en matière d’équipement Open Source, le ministère des finances et l’assemblée nationale ont déjà fait le pas, et en 2007 c’est au tour du ministère de l’agriculture et de la pêche de franchir le pas en s’équipant d’open office, soit une économie de 45% sur le coût total de possession. La gendarmerie utilise également Mozilla Firefox et Mozilla Thunderbird en remplacement de Internet Explorer et de Outlook. Néanmoins, ce constat optimiste est à tempéré légèrement. Les commandes viennent de l’Etat, attiré par les économies d’échelles que n’ont pas les collectivités locales plus petites. Ces collectivités constituaiennt donc déjà un véritable marché à conquérir pour le libre.

Le secteur bancaire est aussi demandeur d’Open Source. Pour exemple, chez Linagora, qui est une SSII spécialisée dans les logiciels libres réputée, la part du chiffre d’affaire du secteur bancaire tendait à dépasser celle des marchés publics.

Les grandes entreprises industrielles suivent aussi. Début 2007, PSA a fait l’annonce du
déploiement d’une solution Linux pour environ 2500 serveurs mais surtout pour 20 000
postes de travail sur les 75 000 que compte le constructeur. PSA n’en est pas à ses premiers pas dans l’univers du libre. En effet, PSA appartient à un consortium créé en mai 2003 qui a pour but de favoriser le développement du logiciel libre Scilab, fruit du travail des écoles de l’INRIA et l’ENPC depuis 1990. Scilab est un logiciel de calcul numérique. Il est l’équivalent de Matlab (de la société The MathWorks) qui est très largement la référence en matière de logiciel de calcul numérique. Le consortium compte à ce jour 13 membres : Appedge, Axs Ingénierie, Cril Technology, le CEA (Commissariat à l’énergie atomique), le CNES (Centre national d’études spatiales), Dassault Aviation, EDF, l’ENPC, Esterel Technologies, l’INRIA, PSA Peugeot Citroën, Renault et Thales.

Autre projet d’envergure, Topcased, qui est un logiciel d’ingénierie assistée par ordinateur dont la communauté s’articule autour d’un consortium et du pôle de compétitivité AESE « Aerospace valley » du Midi Pyrénées et d’Aquitaine. France Télécom, Thomson et Airbus avaient besoin d’un logiciel d’une durée de vie de 40 ans pour tenir la durée du cycle d’innovation ou du cycle de vie du produit. C’est de ce constat que naît le projet Topcased en Open Source.

Utiliser des logiciels libres tels que la suite bureautique open office ou le navigateur Firefox constitue déjà un premier contact avec l’Open Source. Ces logiciels se diffusent de plus en plus, ce qui permet d’augmenter la reconnaissance et la confiance dans le logiciel libre. Il apparaît qu’après avoir expérimenté l’Open Source sur des domaines relevant essentiellement de l’infrastructure (sécurité, système d’exploitation, base de données, navigateur web), les clients n’hésitent plus à franchir le cap avec des migrations d’envergure dans ces domaines ou bien à tenter l’expérience Open Source pour des ERP, du Business Intelligence, du travail collaboratif, de la gestion de contenu (CMS), des portails, etc. Il sera d’autant plus facile de proposer des produits Open Source à des PME si ces dernières sont déjà familiarisées avec les « produits star » du genre.

Si l’on s’accorde à dire qu’il existe une véritable demande de libre en France, nous devons rentrer plus dans le détail afin d’identifier les motivations des utilisateurs à s’orienter vers le libre.

Quels sont les attraits du libre ?

L’engagement des institutions publiques et de ses administrations, la prise de conscience de la forte dépendance vis-à-vis de quelques éditeurs dominants, ajouté aux besoins de rationaliser les coûts, apparaissent clairement comme les moteurs du développement du monde du libre. Intéressons nous un peu plus aux avantages que les utilisateurs viennent chercher dans l’offre Open Source.

Le Coût

Pour les clients utilisateurs, l’adoption de logiciels libres va dans le sens de la réduction des coûts, puisque les licences ne sont généralement pas payantes. Le gros avantage une fois un logiciel libre acquis est la possibilité de le dupliquer à l’infini, caractéristique non négligeable lorsqu’il s’agit de l’installer sur un grand nombre de postes. Des coûts d’intégration et/ou de formation viendront néanmoins s’ajouter mais globalement le sentiment d’économie perdure du point de vue de l’entreprise. Pour le cas de la gendarmerie L’économie réalisée par rapport aux licences MS Office fut de 2 M€ par an depuis 2005.

L’interopérabilité

Les logiciels libres ont, dans leur grande majorité, une tendance à respecter les formats
standards ouverts, ce qui favorise l’interopérabilité. Les standards utilisés seront par exemple JAVA ou XML. Si une entreprise veut passer d’un logiciel propriétaire à un autre logiciel propriétaire elle risque de rencontrer des problèmes d’interopérabilité avec le reste de son système, ce qui nécessitera de tout changer et génèrera des coûts supplémentaires. Le respect des standards assure très largement l’interopérabilité avec le système de l’entreprise.
Un bémol tout de même puisque modifier ou faire modifier le code source par un prestataire expose au risque de ne plus être compatible avec les futures versions du logiciel.

Indépendance et pérennité

Les logiciels libres permettent de garder une indépendance certaine vis à vis de l’éditeur. Le code source en sa possession, le client n’est pas pieds et mains liés à un fournisseur et peut faire jouer la concurrence. Des obligations de résultat peuvent même être convenues. Et dans l’hypothèse où l’éditeur disparaissait ou décidait de ne plus assurer le support, l’accès au code source permet de faire appel à une autre société. De plus, la standardisation des langages et protocoles pourra faciliter le changement de fournisseur.
L’indépendance recherchée vis-à-vis des grands éditeurs est souvent un vecteur menant au libre. C’est même souvent suite à l’arrêt du support d’un logiciel, qui contraint à une migration vers une version supérieure ou une autre solution pour un coût souvent prohibitif, que des entreprises s’intéressent au libre. Ce modèle diminue en effet la dépendance vis-à-vis des éditeurs… mais la déporte un peu sur les sociétés de services. A signaler également que l’indépendance peut aussi être la liberté pour l’utilisateur de ne pas suivre les modifications et mises à jour s’il le souhaite, pour continuer sur son vieux système.
Et si l’éditeur libre négligeait lui aussi le service client, le code source étant ouvert, même si la communauté de développeurs cesse son activité, l’utilisateur dispose des bases nécessaires pour continuer à utiliser sa solution. En effet, si l’éditeur ou la communauté disparaît, l’entreprise peut toujours escompter trouver des développeurs aptes à faire évoluer son outil, d’autant que les langages utilisés par les développeurs du libre sont considérés comme standards. La pérennité du logiciel est donc un critère à associer à l’indépendance.

Le consortium Scilab auquel PSA participe et qui est l’équivalent de l’hégémonique Matlab en matière de calcul numérique a pour but de favoriser le développement du logiciel Scilab pour en faire un challenger du leader en place, et d’en assurer la pérennité.
Le projet Topcased est lui né du besoin de France Télécom, Thomson et Airbus d’avoir un logiciel d’une durée de vie de 40 ans pour tenir la durée du cycle d’innovation ou du cycle de vie du produit. Ils ont développé en commun le logiciel Topcased et une fois au point ils ont décidé de le « libérer » afin de profiter de la création d’une communauté autour du logiciel. Le but est bien ici d’avoir une pérennité plus longue du logiciel.
La gendarmerie nationale, confronté elle aussi à un besoin de conservation des archives
pendant 50 ans a vu l’intérêt d’Open Office. Le code ouvert leur assure la possibilité de redévelopper un lecteur du format d’après les spécificités ouvertes, même des années après.

Sécurité et fiabilité

Le code source étant disponible, et donc « auditable », il est d’un point de vu logique impossible d’adjoindre au logiciel des spyware à l’insu du client, ce dernier pouvant s’en apercevoir par lui-même sans difficulté. La sécurité est immédiatement améliorée. Pour le cas précis des systèmes d’exploitation, on peut rajouter que Linux est généralement reconnu pour être mieux sécurisé que son homologue propriétaire Windows. Il est centré sur la sécurité et donc peu sensible aux virus.

Les logiciels libres sont aussi dits plus fiables, grâce à la réactivité des communautés qui
corrigent les failles plus vite que les éditeurs propriétaires. En revanche la distribution des correctifs est souvent peu structurée, et si l’utilisateur n’a pas payé de support il est possible qu’il ne soit pas tenu au courant. Ce constat de fiabilité ou plutôt de réactivité en matière de correction des bugs doit être tempéré aussi par le fait que cette réactivité est dépendante de la taille de la communauté qui soutient le produit.

D’autres avantages apparaissent

L’exemple de notre gendarmerie est très parlant. L’interopérabilité, l’indépendance, la meilleure maîtrise des coûts fixes et la meilleure maîtrise du système informatique étaient les motivations mais à cela s’est rajouté une autre conséquence positive. Le passage au libre leur a permis de faire émerger les applications locales développées sans autorisations de la DSI* donc non sans risques, et sans déclarations à la CNIL.
L’aspect rassurant d’un point de vu juridique n’est pas négligeable. En choisissant le propriétaire il est nécessaire de respecter les textes juridiques en vigueur quant à l’utilisation du logiciel, et ces textes peuvent évoluer. Le libre est un moyen de s’affranchir du risque d’être hors la loi par négligence en installant par exemple le logiciel sur plus de postes que le nombre autorisé par l’achat des licences.

Une fois un package acheté ou une distribution téléchargée, des compétences pointues
en termes notamment d’intégration sont le plus souvent nécessaires. Des coûts de formation, de support et de mise à jour sont également à prévoir, à moins de posséder ses propres équipes en interne, ce qui constitue une autre forme de dépenses, des coûts fixes. D’une manière générale, les coûts sont déportés vers le service qui représente généralement 80% du coût total de possession. Et si le sentiment d’économies perdure du point de vu de l’entreprise cliente, c’est notamment parce que ce modèle permet un rééquilibrage des dépenses. En limitant l’investissement dans les licences, ils ouvrent des espaces de liberté pour rééquilibrer les dépenses vers le service et l’accompagnement, seuls garants du résultat. Les logiciels libres sont plus efficaces dans le sens où ils replacent la valeur ajoutée qui vient en réalité de l’usage et non de l’outil.
Une PME qui doit investir dans un ERP* sera donc séduite par la possibilité de diminuer le risque lié au manque de maîtrise de l’utilisateur grâce à la possibilité de réinvestir les économies réalisées sur les licences dans des postes de formation, personnalisation et conduite du changement.

*DSI : Direction des systèmes informatiques.

*ERP : PGI, progiciel de gestion intégré.

La première raison pour laquelle il existe une demande pour le libre tient dans l’économie réalisée à l’acquisition de la licence. Cette économie est en partie redistribuée en frais d’intégration et de formation, pour un usage plus efficace. Après le coût, viennent ensuite le besoin de pérennité, le désir d’indépendance, la promesse d’interopérabilité puis la sécurité informatique et réglementaire.

Les acteurs du libre

L’émergence d’une véritable demande de logiciels libres, pour les raisons précitées, a permis l’entrée sur le marché de nouveaux entrants. Des éditeurs et des sociétés de services spécialisés sont apparus. Nous nous attacherons à définir qui sont ces acteurs du libre. Les grands noms de l’informatique y ont également un rôle important, nous le relayerons et aborderons aussi la création d’organismes reconnus par les institutions autour du libre. Nous traiterons ensuite les modèles d’affaires les plus rencontrés sur le marché.

De nouveaux entrants

Parmi les acteurs du logiciel libre on peut distinguer deux grandes familles d’acteurs :

  • Les communautés d’intérêt à but non lucratif,
  • Les acteurs à vocation commerciale.

Les communautés d’intérêt, sans but lucratif, sont structurées pour valoriser un savoir faire ou mener à bien un projet technique, comme la fondation Apache, qui a développé le serveur d’applications web du même nom. Certaines communautés sont aussi menées par des individus isolés, des groupes d’étudiants, de chercheurs…

Au sein de la catégorie des acteurs à vocation commerciale, le découpage se fait en
trois catégories :

  • Les éditeurs pure players de l’Open Source,
  • Les SSLL,
  • Les éditeurs proposant libre et non libre.

Les éditeurs que l’on appelle pure players de l’Open Source, ou parfois « à ADN libre », tels que MySQL, JBoss ou RedHat, organisent eux même leur communauté de développeurs, distribuent leurs logiciels gratuitement et se rémunèrent généralement sur le conseil aux utilisateurs.

Les SSLL (ou SS2L) sont des sociétés de services du logiciel libre, telle que Linagora. Elles exercent une activité classique de services informatiques (études, conseil, intégration, support,…), mais dans le logiciel libre. Certaines jouent aussi un rôle d’éditeur (IdealX). Rien que de 2004 à 2007, c’est plus de 300 SSLL qui se sont créées.

Les éditeurs dis à « à ADN multiple » sont à la fois sur le front des logiciels à licences propriétaires et dans le monde du libre. On peut citer les géants américains Sun Microsystems, IBM ou Novell, qui distribuent leurs logiciels soit sous licences Open Source, soit sous licences payantes, suivant les cas. Sun participe ainsi pour 80 % dans le développement de la suite bureautique libre Open Office, mais en distribue une version payante plus élaborée sous le nom de StarOffice. Leurs développeurs participent activement à certaines communautés.

Principaux éditeurs « pure players »

Véritables nouveaux entrants du marché les éditeurs pure players ont investi tous les segments du marché. Si leur nombre pullule, certains ont su se développer depuis quelques années et s’industrialiser. Arrêtons nous sur quelques exemples.

L’un des premiers à avoir cru en la viabilité du modèle purement libre est américain, se nomme Red Hat et est devenu une multinationale, le plus gros pure player de l’open source. Fondée en 1993 elle est spécialisée dans les distributions Linux pour devenir le premier distributeur mondial du système d’exploitation Linux. Son produit phare pour son développement fut donc Red Hat Enterprise Linux, destiné aux entreprises. Elle propose également des middlewares, des applications et des solutions de gestion. Les chiffres sont éloquents puisque l’entreprise comptait plus de 1100 salariés en 2006 et 7000 en 2015, et déclare un chiffre d’affaires de 2 milliards d’euros. Ses résultats montrent l’accélération de la croissance de l‘Open Source, le chiffre d’affaires est passé de 196 millions d’euros en 2005 à 278 millions d’euros en 2006, soit 37% de mieux, avec un résultat net 2006 avoisinant les 80 millions d’euros là où il était de 45 millions d’euros en 2005. Et attention, 2 milliards de CA en 2015 pour 200 millions de résultat net. 2006 fut également une année d’acquisition puisque la société JBoss Inc. avait été racheté par Red Hat, ce qui permet à cette dernière de détenir un serveur d’application J2EE (Java 2 Enterprise Edition) entièrement libre. Le fonctionnement de Red Hat s’articule autour du code ouvert de ses produits, du développement communautaire de grande envergure pour régler les divers problèmes, des services qualité client et d’un système d’assistance par abonnement.

Concernant les projets de logiciels de gestion libres, le plus remarqué et le plus cité, demeure Compiere. Outre ses nombreuses fonctionnalités ERP, le logiciel offre aussi plusieurs domaines de gestion complémentaires: finances, mais aussi relation client, logistique, e-commerce, etc. Ce projet est né en Allemagne, il a été mis au point à l’origine par l’ingénieur Jorg Janke (un ancien d’Oracle). Le premier pilote de Compiere a été installé en 2000, au sein de Goodyear Allemagne. Le siège de la société est désormais hébergé au sein d’une pépinière d’entreprises de l’Université de Portland, en Oregon (Etats-Unis). Compiere dispose de partenaires privilégiés qu’elle certifie. Le progiciel est suivi sur toute la zone francophone (continentale) par la société de services Audaxis qui assure la diffusion, l’intégration et la personnalisation et dont 70 % des clients sont des PME. Le logiciel ne cible en effet pour le moment que les organismes de taille modeste, son efficacité étant encore considérée comme limitée par les grandes entreprises. Néanmoins, l’ERP Compiere est désormais certifié pour fonctionner avec une bases de données propriétaire. Compiere se rémunère sur les formations et le support technique proposés à ses partenaires, comme c’est le cas avec Audaxis. En contrepartie, elle se concentre sur ses activités de recherche et développement pour offrir une solution la plus complète et la plus évolutive possible. En juin 2006, l’éditeur a su lever 6 millions de dollars auprès de la société en capital risque NEA (New Enterprise Associates). Compiere est le parfait exemple du développement des logiciels à applications métier. Mais en 2010, Consona rachète l’éditeur de l’ERP Compiere.

Editeur français, à la base, spécialisé Open Source parmi les plus en verve, et avec un effectif approchant les 60 personnes, Talend fut fondé en septembre 2005 par deux consultants issus d’un intégrateur spécialisé dans les logiciels d’intégration de données. Talend commercialise un ETL (Extraction, Transfert, Chargement de données) Open Source et utilise une licence hybride, c’est une GPL pour le moteur et une licence propriétaire pour les développements spécifiques, ce qui permet de réduire les frais de développement (à la manière de MySQL AB). Un des avantages de Talend réside dans l’interopérabilité. Il génère du Perl, Java ou du MySQL, faisant appel à des connecteurs Open Source là où un connecteur propriétaire de SAP est tarifé 100 000 €. En Mai 2006, l’éditeur a réalisé une première levée de fonds à hauteur de 2,1 M€ auprès de Galileo Partners, ce qui lui a permis de mettre en place un véritable service R&D. Dès 2007, 70 % des dépenses sont consacrés à la R&D. Et à l’occasion du salon Paris Capitale du Libre du mois de juin 2007, une seconde levée de fonds de 2,6 M€ a été réalisée auprès de ses actionnaires historiques que sont Galileo Partners et AGF Private Equity. Le but avoué était d’accélérer l’implantation aux Etats-Unis, marché qui génère déjà 40 % de l’activité de Talend qui avait ouvert une filiale en Californie en mars 2007. D’autres projets de développement sont en cours également en Europe. En 10 ans, beaucoup d’évolution puisque le siège social est désormais en Californie mais Talend se porte biene, témoigne ses 500 salariés en 2015. Désormais, l’éditeur de logiciel spécialisé dans l’intégration des Big Data2. La société fournit des logiciels et services dans les domaines du Big Data, du Cloud3, de l’intégration de données, de la gestion des données, du Master Data Management (gestion des données de référence), de la qualité de données, de la préparation des données et de l’intégration d’applications.

On voit donc que par le libre des éditeurs ont su se développer et devenir respecter mondialement à l’image de Red Hat. On remarque que les ERP, à l’image de Compiere, se développent et feront bientôt figure de vrais concurrents aux ERP en place. En France, l’exemple de Talend illustre la possibilité pour un éditeur français d’atteindre le marché américain via un produit basé sur du libre.

Les SSLL

Le service informatique devenant plus prépondérant dans le modèle libre, c’est tout naturellement que des sociétés de services spécialisés dans le logiciel libre ou SSLL se sont développées. L’historique Linagora et l’atypique IdealX sont parmi les fers de lance.

Le français Linagora est ses fondateurs Zapolsky et Maudet ne sont autres que les inventeurs du concept de SSLL. Précurseur, Linagora est un intégrateur de référence sur le marché des logiciels libres. Elle accompagne ses clients dans leurs projets d’industrialisation de solutions libres. La création de l’entreprise intervient en 2000, son siège social est implanté à Paris et possède également une agence à Lyon rapidement. En 2006, elle compte 65 personnes, pour un chiffre d’affaire 2006 de 4,2 millions d’euros et pour un résultat net supérieur à 1 million d’euros. Sa base clients dépassait les 500 unités. La société francilienne propose aux grandes entreprises une garantie de maintenance et d’évolution des logiciels (Open Source Software Assurance) qui leur permet de disposer d’un catalogue de 150 logiciels libres prêts à l’industrialisation. De plus, confirmant sa volonté de devenir fin 2007 le leader du logiciel libre en France, en effectif et en chiffre d’affaire, au cours de la première moitié du mois de juillet, Linagora a racheté l’éditeur AliaSource basé à Toulouse. L’entreprise toulousaine de 35 personnes, avait pour elle un chiffre d’affaires prévisionnel de 2,5 millions d’euros en 2007, mais aussi sa solution de messagerie électronique OBM qui comptait près de 500 000 utilisateurs dont de gros clients tels que les ministères de l’Intérieur et de la Défense, la gendarmerie, l’assemblée nationale, l’Inserm etc.
Entre 2008 et 2010, Linagora continua sa stratégie de croissance externe, consolidant cette position pour occuper la même place. En 2008, elle s’implante en Belgique, puis aux USA en 2010, avant le Canada, la Tunisie, le Vietnam… pour un chiffre d’affaires de 7 millions d’euros en 2013 et 150 salariés aujourd’hui.

Plus atypique, le cas de IdealX met en avant une pratique qui pourrait donner des idées. La SSLL est en effet devenu également éditeur, proposant son expertise indéniable sur son
propre logiciel. IdealX a été créée en février 2000 avec pour objectif de devenir le partenaire open source de référence des grands comptes et administrations venant en chercher en IdealX la sécurité de leur système d’information. Le moins que l’on puisse dire est que les premiers clients sont prometteurs, avec pour noms Total, Décathlon, Gan Patrimoine, Direction Générale des Impôts, Conseil Général du Val-d’Oise, CEA, Inserm, Banque de France, et d’autres. Un des produits proposés par IdealX, Open trust est très orienté sécurité en ce qui concerne la gestion de certificats numériques, de cartes à puce, l’échange sécurisé ou les signatures électroniques par exemple. Les solutions ont été industrialisées, avec un pack d’installation contenant le CD clé en main, la documentation formalisée étape par étape, et toute la documentation d’utilisation des différents opérateurs, avec l’intégration et le transfert de compétences assurés par IdealX. La société use d’un nouveau modèle pour commercialiser son logiciel, grâce à une très bonne maîtrise de l’aspect communautaire. Le logiciel libre a un ou deux ans de retard sur la solution qui est vendue, ce qui permet de le diffuser tout en gardant de la valeur ajoutée au produit payant.
Le chiffre d’affaires 2006 d’IdealX tirés de l’Open Source était d’environ 10 millions d’euros, et, détenu par des fonds de la caisse des dépôts, l’entreprise semble en mesure de s’inscrire dans la durée avec ses clients. Et en 2007, changement, IdealX décide miser sur la réputation de son logiciel et change de nom pour se faire appeler Open Trust ! La suite plus alambiquée encore, puisque Open Trust est désormais scindé entre IDnomic et DocuSign.

Le marché français regorge de SSLL, ces deux exemples placent l’hexagone parmi les territoires dynamiques en la matière. Les logiciels libres sont une véritable aubaine pour les sociétés de services en informatique. Ces SSLL pourraient être de bons partenaires pour un éditeur se lançant dans le libre.

Crédibilité du FLOSS

Si les nouveaux entrants sur le marché des logiciels ont su apporter de l’innovation ou au moins une concurrence aux leaders sous licences propriétaires, il fallait à n’en pas douter l’entrée de grands noms de l’informatique pour apporter le crédit ou la reconnaissance nécessaire à une éclosion plus rapide de l’univers libre.

Les grands comptes donnent du crédit à l’Open Source

Les grands acteurs du logiciel propriétaire s’ouvrent peu à peu au monde du libre, et pour certains cela fait déjà quelques années. Des sociétés comme Oracle, IBM, Sun, HP, Bull, Sony, Philips, Novell, etc. sont des investisseurs importants pour le libre.
Sun a ouvert le code de son logiciel Star Office qui est devenu Open Office. Netscape a fait de même avec ce qui est devenu le moteur Mozilla Firefox. Adobe a rendu libre Flash afin de diffuser sa technologie. IBM a par exemple fait basculer Visual Age qui était sous licence propriétaire sous licence libre en lui donnant le nom de Eclipse. Pour IBM cela lui offre, en plus d’être un choix stratégique, une publicité non négligeable avec des retombées à plus long terme qu’une campagne classique.
L’intérêt des grands noms de l’informatique pour le libre lui apporte une certaine légitimité dans le monde entier et montre qu’il ne s’agit plus de développement « au fond d’un garage » mais bel et bien d’une industrialisation des logiciels libres. Les petits éditeurs pourraient avoir le même intérêt que les grands groupes à évoluer vers les logiciels libres, notamment lorsqu’ils ne sont pas leaders sur leur marché. C’est en effet l’une des grandes motivations de ces grands noms de l’informatique.

Pour IBM et sa plate forme Visual Age devenu Eclipse, ce fut surtout pour eux l’occasion d’inonder le marché du produit Eclipse. Sur Eclipse il propose des services pour se rémunérer, et aussi un produit complémentaire, sous licence propriétaire cette fois, nommé Websphère. Le développement de Websphère est de plus facilité par le fait qu’IBM peut s’appuyer sur les améliorations d’Eclipse en provenance de la communauté.
Le 13 novembre 2006, l’éditeur américain Sun Microsystems a décidé d’ouvrir le code de son langage de programmation Java et d’en proposer une distribution libre sous licence GNU GPL, en plus de la licence payante qui inclut le support. Le choix de la licence assurait à Sun que le code resterait ouvert et permettrait la diffusion de son langage. Le but est que le client ait plus facilement accès à ce nouveau langage, essaye par lui-même la version libre et ensuite se tourne vers la version payante qui inclut le support.

Ces exemples concernent généralement des produits qui n’étaient pas ou plus leaders sur leur marché, ou qui étaient menacés. Ils étaient peu rentables ou peu pérennes sous le modèle classique de licence propriétaire. Le passage sous licence libre a permis à ces grands groupes de changer le modèle économique des produits concernés et de les relancer sur le marché.
Autre avantage, ces groupes partagent des investissements en R&D en s’associant sur un projet commun. Par exemple, IBM, Sun et d‘autres sont des investisseurs du logiciel Eclipse. IBM paye des salariés uniquement pour travailler sur ce projet.

Ces grands groupes qui ouvrent le code de certains de leurs logiciels apportent du crédit au modèle libre, on parle d’industrialisation du phénomène. La qualité de l’offre en logiciels libres est prise davantage au sérieux par le grand public et les institutionnels. De plus, ils servent d’exemples aux plus petits éditeurs, rassuré sur la réalité commerciale des licences libres.

En France, les grands s’impliquent à leur tour et des organismes reconnus se créer.

Outre l’intérêt des géants de l’informatique, celui de grandes institutions que nous avons abordé dans notre dossier logiciel libre, telle que la demande en logiciels libres par les grandes administrations françaises, a contribué à la crédibilité de ce « nouveau » mode de diffusion des logiciels. Ses partisans, ses acteurs, sont de plus beaucoup plus structurés que par le passé.

En France toujours, même s’il s’avère au final non labellisé en tant que pôle de compétitivité, le pôle sur le thème des logiciels libres s’est vu intégré à Paris au pôle Systematic Paris-region, afin de saisir l’opportunité pour les éditeurs français de rivaliser sur le marché internationale. D’après le premier ministre de l’époque, cette intégration, plutôt que l’indépendance, est là pour lui offrir « la visibilité internationale et la taille critique suffisante », c’était il y a 10 ans…

Les grandes SSII du territoire français ont aussi su se diversifier à la hauteur du phénomène libre. Les SSII classiques semblent en effet avoir bien assimilés les opportunités du libre et proposent désormais un service de qualité équivalente sur le propriétaire et sur le libre. Selon les estimations 2007 du cabinet Pierre Audoin Consultants, la plupart des grandes SSII trustaient les premières places dans les services liés au logiciel libre. Les SSII embarquent depuis longtemps des briques libres dans des solutions plus complexes. Mais le logiciel libre était jusqu’il y alors géré sans réelle stratégie de développement ou packaging des offres. Les choses ont changées. Capgemini France disposait dès 2006 d’environ 350 personnes dévolues aux technologies du libre, réparties dans ses cinq centres de compétences « nouvelles technologies » (sur 1 500 salariés au total). En 2007, la première SSII française proposait une offre de bout en bout : étude d’opportunité, veille, qualification de composants en amont, mais aussi déploiement, intégration et, plus récemment, support et maintenance de briques agglomérées en fin de chaîne. Autre SSII, Unilog affichait (avant son absorption par Logica) également un centre de compétences en logiciels libres d’une centaine d’ingénieurs, tandis que Atos Origin et Bull (passée sous controle d’Atos en 2013) sont deux SSII qui réalisent aussi de forts revenus via les logiciels libres. Thales Services est aussi un acteur prépondérant avec à peu près 400 développeurs dont une centaine en France qui participent à l’élaboration de solutions libres. Le laboratoire de recherche du groupe dédié à la sécurisation des systèmes d’information complexes (Theresis) dispose d’une unité logiciel libre d’une vingtaine de personnes, ouverte en 2004. « Le logiciel libre n’est plus une exception technologique. Nous sommes capables de délivrer le même niveau de service – en intégration et en maintenance – tant pour des composants Open Source que pour des composants propriétaires », revendique d’ailleurs Grégory Lopez, responsable du centre de compétences Open Source de Thales.

A Paris également s’est tenue en juin 2007 pour la deuxième année et donc deuxième édition, « Paris Capitale du Libre », c’est d’ailleurs à cette occasion que l’ASSLL est devenue la FNILL. L’ASS2L était l’Association des Sociétés de Services du Logiciel Libre, elle compte une soixantaine d’adhérents, Linagora en tête. 6 nouvelles adhésions de grandes SSII Sopra, Unilog, Unisys, Steria, Osiatis, et Cap Gemini ont été annoncées lors de Paris Capitale du Libre. Ce changement important fut l’occasion du passage à la FNILL, Fédération Nationale de l’Industrie du Logiciel Libre. Cette structure se veut plus représentative des divers acteurs qui la composent. En accueillant tous les fournisseurs et les grands utilisateurs, elle démontrerait l’importance du mouvement des logiciels libres. Ces 6 grosses SSII souhaitaient mettre en lumière leur activité dans le milieu, promouvoir leur implication dans le domaine de l’Open Source, et gagner de la visibilité auprès de leur clientèle, d’où leur adhésion à la FNILL. A signaler que l’on peut compter également IBM au sein de cet organisme, ce qui contribue encore si besoin est à montrer le sérieux de la montée en puissance e l’Open Source.

Plus localement on remarque que des groupements provoqués par l’émergence de ce courant nouveau se structurent. Sur la région nantaise, le regroupement Alliance Libre peut se venter de rassembler plus d’une centaine d’acteurs locaux, des experts du libre mais aussi des sociétés ayant un département logiciel libre. Ces entreprises ou autres peuvent alors mettre en commun leur savoir faire face à la demande des clients qui est parfois très diverse.

La prise de position des grandes SSII françaises démontre le potentiel commercial du libre. La mise en place de la FNILL notamment confirme le fait que le milieu se structure, et la présence de grands noms non spécialisés dans l’Open Source rassure sur son potentiel commercial.

De nouveaux modèles d’affaires

Les exemples évoqués précédemment, aussi bien les grands comptes que les nouveaux
arrivants, le suggérait, de nouveaux modèles d’affaires semblent émerger mais aussi des modèles semblables à ce qui se faisait déjà, tout en restant viable. Nous allons donc présenter la réalité des modèles utilisés dont la tendance est clairement au déplacement du chiffre d’affaires vers le service. Editeurs et SSII sont concernés.

Les modèles économiques

Un logiciel gratuit avec une rémunération sur les services associés.

66 % des entreprises utilisant du libre ont choisi de proposer un logiciel gratuitement en misant sur le service. Le logiciel est donc fourni de manière gratuite au client et la société va se faire rémunérer en faisant payer les services associés. Ces services sont en général le déploiement du logiciel libre dans l’entreprise, c’est-à-dire l’installation, ainsi que le développement de modules spécifiques. Les services prennent largement la forme de formation, de support, d’élaboration de manuels, de développement spécifiques et d’intégration par des SSII partenaires (souvent SSLL). Nous pouvons décomposer ce pourcentage en deux modèles. Celui d’un modèle basé sur le service (installation, paramétrage ou encore hébergement du logiciel) où le client sera intéressé notamment par le fait qu’il va faire l’économie d’une licence à prix prohibitif (surtout dans le cas d’un grand nombre de postes à équiper), pour investir dans les services associés. Et celui de la souscription avec services complémentaires, comme le propose par exemple Red Hat. Ce dernier est proche du précédent, il est cette fois question de souscrire à des services complémentaires tels que des mises à jour critiques, une certification, … Le modèle est en réalité identique à ce qui peut se faire avec un logiciel propriétaire, le coût de la licence en moins.

Une version perfectionnée payante.

Pour 19 % des acteurs, il va s’agir de proposer une partie de leur logiciel en libre, avec des modules complémentaires payants. Une version de base pour diffuser le logiciel et une version « pro » pour se rémunérer. On parle aussi de modèle de « niveaux finitions » lorsqu’il existe différentes versions du logiciel avec une version de base gratuite pour faire découvrir le produit, et des versions offrant plus de fonctionnalités mais payantes. Un autre terme rencontré est aussi celui de « dual licencing ». C’est un modèle qui apparaît aux Etats Unis (Sugar CRM, le français Talend en use aussi) mais il est encore peu rencontré en France. C’est à ce se modèle aussi que s’apparente celui d’IdealX.
Dans ces 19 % doit également être pris en compte le cas où l’entreprise propose une version payante sous Windows (ou lorsque le logiciel est associé à d’autres logiciels propriétaires), et une version libre s’il est question d’association à des logiciels ou systèmes aussi libre. On parle de modèle « double licence » lorsque le droit d’utiliser le logiciel dans un environnement non Open Source est payant. Les bases de données MySQL en sont le parfait exemple, payantes si le système d’exploitation est Windows ou gratuite sinon.

La licence commerciale.

9 % des sociétés profitant du libre se rémunèrent par le fait qu’un éditeur à souvent besoin d’un intégrateur, d’une société de services en informatique, pour la maintenance sur le territoire de son logiciel. Le modèle reste identique si le logiciel est libre ou pas, ce qui explique pourquoi l’intérêt des grandes SSII s’est vite ressenti vis à vis du marché au début réservé aux SSLL. Pour les SSLL, l’avenir passe par la fourniture d’offres à plus forte valeur ajoutée et un positionnement d’expert sur les technologies libres complexes. « Trouver un développeur PHP, c’est à la portée d’une SSII traditionnelle, à des tarifs que nous ne pouvons concurrencer, par contre, pour un système complexe d’annuaire ou sur des problématiques de « load balancing » sur serveur Apache, nous avons encore notre mot à dire. », relève Alexandre Zapolsky, président de Linagora.

De plus de nouveaux rapports entre SSLL et SSII sont apparus, pour assurer le support de solutions où libres et propriétaires sont entremêlées. L’association Linagora-Capgemini pour le ministère des Finances a scellé l’émergence d’une offre de maintenance de solutions intégrées. Capgemini ou Thales déclinent des offres de bout en bout. Mais certaines SSII ne veulent pas mélanger les genres, et continuent de miser sur la complémentarité SSII traditionnelle-SSLL. Souveraine dans la gestion de projets, Unilog confie, par exemple, la maintenance des solutions à des SSLL. « Les SSLL ont une carte à jouer dans la relation avec les communautés. Un lien que nous ne pouvons gérer en parallèle de nos accords partenariaux », atteste Philippe Kanony de la SSII Unilog. La SSLL s’engage alors sur la pérennité de la solution, et sert de point de synchronisation avec les différents intervenants de l’Open Source.

Des modèles marginaux.

Le tout gratuit tend à disparaître. 6 % des acteurs à ce jour font en effet du logiciel libre entièrement gratuit mais il est clair qu’il n’y a pas de modèles économiques derrière ces
personnes. Ce chiffre est logiquement en baisse continue et sans avenir.

Autre modèle que l’on rencontre peu, le sponsoring. Le développement du logiciel est ici financé par une ou plusieurs entreprises, ce qui est par exemple le cas d’IBM qui soutient Linux (un milliard de dollars en 2001) sachant que cela va doper son serveur d’application Websphere. Ce modèle semble néanmoins loin des préoccupations des éditeurs PME et ne concerne donc que les très grands tel que Sun Microsystems.

Le marché des services associés liés au logiciel libre va croître de 72 % cette année soit 430 millions d’euros de revenus pour 2007, estime le cabinet d’étude Pierre Audoin Consultants. Le logiciel libre représenterait dès lors 5 % du marché français des services
informatiques en 2010. Les nouveaux modèles qui se développent via le libre, basé essentiellement sur le service, devraient donc continuer à se diffuser.
Ces modèles semblent suivre une demande des clients toujours plus spécifique et pointilleuse. L’accent est davantage mis sur l’usage que sur le produit. Le modèle « niveau finition » répond lui à cette demande de produit toujours plus personnalisé en fonction des besoins.

Editeurs et SSII se partagent les services.

Lorsque le libre est évoqué, il est courant d’entendre que la distinction entre le métier d’éditeur et celui de SSII (SSLL) est difficile à faire. Mais, même si les modèles d’affaires sont en train de se mettre en place et ne sont pas définitif pour tous, les choses commencent à se formaliser. « Nous nous rapprochons du monde du logiciel propriétaire en ce sens qu’il y a maintenant une séparation nette entre le métier d’éditeur et celui de société de service. Les SSLL ont le rôle de préconisateurs et d’intégrateurs, tandis que les éditeurs font payer la souscription et le support de niveau 2 et 3, la formation et se chargent d’animer la partie R&D du produit », affirme Patrick Bénichou, PDG d’Open Wide, SSLL française de grande envergure. Les contrats de support peuvent donc être signés avec l’éditeur, s’il existe, ou avec un prestataire de service qui sert de relais de proximité. Les prestataires peuvent donc assurer le support sur un outil développé sans éditeur. Une SS2L comme Starpert s’est ainsi spécialisée dans la suite bureautique OpenOffice et assure le support pour les entreprises qui ont choisi d’abandonner la suite bureautique de Microsoft. En règle générale, le support des logiciels libres, souvent forfaitaire, est moins cher que chez les éditeurs propriétaires qui demandent un pourcentage de la solution initiale.
Mais il n’existe pas de support pour tous les logiciels libres et le seul élément de réponse qui s’offre à l’utilisateur du logiciel prend la forme de forums communautaires, ce qui se révèle souvent trop peu efficace. C’est pourquoi le support devient alors rapidement un aspect stratégique à prendre en considération et les sociétés qui s’y engouffrent sont nombreuses.

La montée de la demande et de l’offre de logiciels libres ainsi que le panorama des acteurs concernés le démontre : les logiciels libres sont une concurrence sérieuse pour les logiciels sous licences propriétaires. L’Europe a pris conscience qu’il pouvait être source de compétitivité pour bon nombre de nos entreprises. L’arrivée des géants de l’informatique qui en use pour faire face à une rude concurrence conforme que ce mode de diffusion des logiciels autrefois marginal est entrée dans une ère d’industrialisation. Le libre est présent à tous les niveaux, de l’infrastructure à l’application métier. En effet, si les petits éditeurs regardaient de loin le libre par le passé, c’est avant tout parce qu’il se cantonnait aux infrastructures web et aux systèmes d’exploitations, mais aujourd’hui il apparaît comme évident que l’offre en logiciels métier se perfectionne et se diversifie. D’ores et déjà les ERP et autres CRM répondent suffisamment aux besoins des PME, il est donc primordial de prendre acte de la menace. Les éditeurs doivent intégrer ce mouvement dans leur environnement concurrentiel et s’interroger si le libre ne pourrait pas être une opportunité pour eux.

Une opportunité pour les petits éditeurs ?

Les logiciels libres, une alternative aux enjeux de taille critique.

Au regard des chiffres de l’enquête du Syntec Informatique, les éditeurs français seraient très performants pour proposer des solutions de qualité mais en retard sur les procédés de commercialisation et de conquête de marché. Franchir les paliers 10, 20 et 50 millions d’euros de chiffre d’affaires est quelque chose de plutôt rare. Et franchir les frontières également. Les deux plus grands éditeurs français, Dassault Systèmes et Business Objects, réalisent 90 % de leur chiffre d’affaires à l’international, alors que la moyenne des éditeurs français n’en fait que 20 %. Les éditeurs sont pénalisés également par le poids de leurs confrères étrangers et de ces deux Français, ce que montre Pierre Audoin Consultants et l’illustration suivante.

Proportion des nationalités des éditeurs en chiffres d’affaires réalisé.

Dans son Top 150 des éditeurs sur le marché français, en terme de chiffre d’affaires, les éditeurs américains réalisent 64 % des parts de marché. Les éditeurs français captent 23 % de leur marché national, notamment par une domination sur les logiciels applicatifs. Ils sont en effet pour beaucoup de petite taille, des TPE très caractéristiques du marché français et bien implantées dans le marché applicatif. Inversement, deux éditeurs réalisent 47 % du CA total des éditeurs français : Dassault Systèmes et Business Objects.
Pour passer outre cette barrière de la taille les entreprises ont comme première solution la croissance externe, or elle semble rencontrer de nombreuses réticences. En effet, les fusions entre petits éditeurs seraient moins nombreuses qu’attendues. D’après l’AFDEL*, sur les acteurs de petite taille, il devrait y avoir plus de fusions logiquement alors que ce n’est pas le cas.

*Association française des éditeurs de logiciels

Les éditeurs français sont donc majoritairement petits. Sur les 2500 éditeurs recensés en France, 2000 compte moins de 20 collaborateurs, et seulement 152 réalisent un chiffre d’affaires de plus de 5 millions d’euros. De plus, ils sont confrontés à de multiples évolutions du marché.

D’une part, les attentes du client changent. Il maîtrise mieux les TIC et sa demande se voeux de plus en plus exigeante. Il réclame plus de fonctionnalités, des gains de productivité, un retour sur investissement plus rapide, une meilleure ergonomie, la possibilité de faire du travail collaboratif, une interopérabilité entre les produits, une plus grande fiabilité, une assurance de pérennité etc. Se développe aussi une demande pour le SaaS17 qui consiste à louer le logiciel à la demande. Pour les éditeurs, cela représente un effort d’investissement en R&D et dans les produits. Mais du fait de leur petite taille ils sont souvent confrontés à des difficultés pour recruter.
D’autre part, la concurrence s’intensifie sur la cible des PME qui sont généralement les principaux clients des petits éditeurs. Les grands éditeurs nationaux et internationaux visent désormais le marché des PME, à la manière de l’allemand SAP qui commercialise un logiciel dédié aux PME. A l’opposé, des SSII locales développe des solutions verticales spécifiques à partir de produits généralistes qu’elles distribuent et intègrent. De nouveaux leaders tel que Salesforce apparaissent par le modèle SaaS, mais aussi via l’Open Source. Cette concurrence accrue, ajoutée à une zone de commercialisation qui est souvent restreinte rend difficile la conquête de nouveaux clients.

*SaaS : Sofware as a Service, le logiciel est louer à la demande via une interface web.

Le constat est que nos éditeurs souffrent d’une taille insuffisante pour à la fois investir en R&D et en développement commercial. Ils n’atteignent pas la taille critique, les volumes de vente leur permettant de rentabiliser leurs développements logiciels. Pour faire face à ces enjeux, l’éditeur a plusieurs pistes qui s’offre à lui. Il peut miser sur de la croissance externe, et racheter ainsi les compétences de l’éditeur avalé. Il peut faire des partenariats techniques et commerciaux, pour mutualiser entre éditeurs des développements et accéder à de nouveaux clients. Il peut devenir multi-spécialiste, et donc couvrir plusieurs marchés/métiers spécifiques en développant des modules communs pour mutualiser le développement. C’est par exemple ce qu’à fait Fiducial en développant des modules télécoms communs à ces solutions « garagistes », « hôtellerie » et « juridique ». Enfin il peut aussi rechercher à s’appuyer sur des ressources existantes. S’appuyer sur des ressources pourra se faire par le recours aux logiciels libres qui ne sont donc pas seulement une menace mais peuvent aussi être une opportunité pour les petits éditeurs.

Les opportunités qu’offre le libre.

Les avantages que l’on associe le plus souvent aux libre sont en direction des intégrateurs. Pour eux, adopter des logiciels libres, c’est pouvoir répondre à la demande des utilisateurs, en abaissant les coûts d’entrée, tout en maximisant le revenu des services d’intégration ou d’accompagnement. De plus, les codes sources peuvent être modifiés pour personnaliser ou reconfigurer un outil en fonction des besoins du client facilement.

La principale motivation d’un éditeur à utiliser tout ou partie de libre tient dans un gain de rentabilité. Les éditeurs français sont de plus en plus nombreux à développer certains de leurs logiciels à partir de briques Open Source. Ils étaient 31 % à l’avoir fait en 2006. L’interopérabilité croissante des briques Open Source avec les briques de logiciels propriétaires participe à cette évolution. Regardons de plus près quelles réponses l’Open Source peut apporter à un petit éditeur.

Pour diminuer les coûts de développement.

62% des éditeurs prévoient de recruter cette année entre 1 et 5 collaborateurs supplémentaires. Mais pour une entreprise limitée par sa capacité à recruter de nouveaux programmeurs, pour développer son offre elle trouvera par l’Open Source une alternative à son problème en bénéficiant de la base de travail à disposition à moindre coût. De plus, la R&D représente une importante charge pour un éditeur, ils étaient en effet 43 % en France en 2006 à avoir investi 1/5e de leur chiffre d’affaires et 73 % plus de 1/10e.
La pérennité et le support qui peut être assuré par la communauté ou par une SSII/SSLL sont également particulièrement attractifs pour un développeur, ne disposant pas de ressources suffisantes pour gérer une organisation interne.

Pour étendre son offre.

La demande des clients est de plus en plus exigeante, notamment en matière de fonctionnalités du produit, ce qui nécessite des efforts en R&D et parfois des compétences supplémentaires s’il faut les développer. Utiliser le libre peut être l’opportunité d’étendre ou améliorer son offre en complétant son produit par des fonctions complémentaires. Ces fonctions pourront être génériques (mais pas obligatoirement) tels qu’une base de données, un traitement de texte, un module de comptabilité, etc. De surcroît, elles pourront être intégrées à la demande du client. L’offre proposée est alors beaucoup plus vaste, et ce sans avoir à éinventer et reprogrammer ce que d’autres ont déjà fait et mettent à disposition, le tout a un prix compétitif.
Pour un éditeur ayant pour cible un marché de niche et donc misant sur la différenciation de son produit, il s’agira de prendre une brique libre pour y rajouter son savoir faire. De plus, un éditeur de logiciel métier propriétaire peut être intéressé par le libre qui lui enlèverait la crainte d’un changement de standard. En effet, pour devenir compatible avec de nouvelles normes standard il devra réinvestir en recherche et développement sans avoir forcément eu de retour sur investissement de ses dépenses en R&D. D’après Alliance Libre, une des tendances du moment consisterait à prendre la base technique d’un ERP Open Source et de créer sa solution spécifique par-dessus.
L’idée est donc d’intégrer des briques ou infrastructures Open Source et focaliser sa R&D sur les fonctions ou spécificités à forte valeur ajoutée.

Même si elle n’est pas toujours formalisée comme telle, il existe une demande de logiciels libres. Les clients réclament une plus grande interopérabilité avec le reste de leur système, la pérennité du produit et de son utilisation, un coût de licence plus bas, … L’éditeur peut lui proposer une solution complète à un prix très compétitif, sachant qu’il n’aura pas eu à se charger du développement.

Pour accélérer la mise sur le marché

Dans le contexte de concurrence croissante, étendre sa zone commerciale, capter de nouveaux clients nécessite des investissements que les petits éditeurs ne peuvent pas facilement assumer. Comme cité précédemment, il est possible d’utiliser la base technique d’un logiciel libre comme composant de son programme pour accélérer les développements d’une solution plus spécifiques. Mais ce qu’il est aussi possible de faire, c’est de se faire connaître en diffusant gratuitement une version libre de son logiciel. L’éditeur se rémunère ensuite via une version plus complète ou personnalisée qui est cette fois payante ou alors via les services associés. Nous avons vu que c’est ce schéma qu’ont pu utiliser les grands éditeurs tels que IBM pour Eclipse et Sun avec OpenOffice.org. (StarOffice étant la version perfectionnée). Des petits éditeurs se lance aussi dans ce modèle. Talend l’a fait et Obeo, petit éditeur nantais, lui aussi à fait ce choix. Pour son logiciel Acceleo, générateur de code intégré à Eclipse, 80 % du logiciel est sous licence libre et les 20 % restant correspondent à un additif spécifique à chaque client. Le développement spécifique ajouté au support sont là pour se rémunérer, mais la partie libre, mise à disposition gratuitement, est pour eux la solution pour se diffuser sur le marché, dans le but de l’inonder et s’imposer face à la concurrence dont le caractère propriétaire de la licence constitue un frein pour se répandre à grande vitesse.
Se faire connaître sera donc plus abordable en proposant une version sous licence libre, tout en se rémunérant par une version « pro » ou spécifique. Le libre est ainsi une réponse pour les éditeurs au budget commercial limité.

L’Open Source permet donc de répondre à une exigence client plus importante en limitant les ressources engagées, et constitue un moyen de contourner la difficulté d’accès au marché, pour capter de nouveaux clients. Pour les petits éditeurs, l’Open Source représente effectivement une opportunité afin de répondre à certains de leurs besoins et enjeux.

Les impacts à ne pas négliger.

Le choix du libre ne se fait néanmoins pas sans contraintes. Faire appel au libre, y compris s’il ne s’agit que de briques logiciels, implique des conséquences qu’il faut prendre en compte. Des impacts techniques, juridiques, financiers et communautaires existent.

Les impacts réglementaires.

Qui dit libre ou Open Source ne dit pas forcément absence d’aspect légale. Lorsqu’une entreprise envisage d’intégrer des briques de logiciels libres dans ses produits, il est primordial de prendre en compte le type de licence (GNU GPL, LGPL, BSD…) utilisée par la ou les briques. En effet, la licence détermine la possibilité ou non pour l’entreprise de revendre ses logiciels et l’obligation ou non de diffuser les modifications et compléments apportés. Certaines licences sont plus restrictives que d’autres quant au caractère libre du code qu’elle « protège ».
Associer son logiciel propriétaire avec une brique libre sous licence GPL par exemple nécessitera de techniquement séparer les programmes sous licences différentes afin d’avoir le droit de les commercialiser ensemble. Cela sera nécessaire afin de respecter le copyleft qui protège la diffusion des produits sous licences GPL dans notre exemple. C’est un aspect parfois lourd donc à ne pas prendre à la légère suivant la licence en question.

Les impacts techniques.

Proposer un logiciel libre ou perfectionner son logiciel classique par des fonctionnalités complémentaires nécessite des compétences minimales afin de proposer une interface claire et efficace. Un exemple serait de profiter du correcteur d’orthographe d’OpenOffice Writer pour son propre produit.
Une formation à certains langages tels que MySQL sera peut être nécessaire. Il en est de même pour les langages tels que JAVA ou PHP qui seraient utilisés par les briques de
logiciels libres.
Les impacts peuvent devenir dans certains cas difficiles à gérer lorsqu’il s’agit de faire cohabiter des briques libres sous licence GPL avec un logiciel sous licence propriétaire. Il y a obligation de séparer les applications sous licences différentes, si on ne souhaite pas que la totalité du produit passe sous licence GPL, ce qui est techniquement compliqué et décourageant. La société Alfresco, proposant un logiciel de gestion documentaire, a par exemple renoncé à le faire au bout de trois ans d’expérience et propose désormais son logiciel entièrement sous licence libre.

Les impacts communautaires.

Au sein des communautés, on retrouve des laboratoires de recherche, de grandes écoles ou universités, mais aussi des informaticiens employés par leur éditeur pour se consacrer au développement d’un projet libre. On y retrouve également des passionnés d’informatique et, point important, des utilisateurs finaux du produit. Beaucoup de communautés open source, surtout dans le monde Java, réunissent des développeurs qui sont tous employés par quelqu’un. L’open source se professionnalise de plus en plus. Il existe aussi des communautés de communautés qui se regroupent pour répondre à une attente et des besoins clients. On peut citer Object Web ou encore Alliance Libre.
Pour un éditeur qui développe un logiciel libre, il sera important d’être attentif aux évolutions qu’il va suivre. Constituer sa communauté est important pour que le logiciel évolue mais il faut garder une ligne de conduite ou « road map », en réalisant par exemple des tests logiciels pour valider les modifications proposées par la communauté.
Pour les entreprises non spécialisées qui souhaitent développer des solutions open source, il est possible de s’associer à une communauté existante. Mais pour sécuriser ses développements et être sûr que ses besoins soient pris en compte, il faut mettre la main à la poche comme a pu le faire IdealX.
L’éditeur de logiciel libre IdealX a en effet su créer un « club des clients contributeurs » pour sa plate-forme OpenTrust, sur laquelle il développe en étroite collaboration avec ses clients, des solutions de sécurité adaptées à leurs besoins. « Environ 80 % du code est commun et seule une partie des développements est publiée en open source », précise Olivier Guilbert, le P-DG d’IdealX. Le club compte une cinquantaine de membres, grands comptes industriels et administrations (Michelin, CEA, Renault, GAN, Conseil général de l’Oise…), qui ont déboursé plusieurs dizaines de milliers d’euros pour en faire partie. Si c’est un bon moyen d’avoir les avantages du libre sans les inconvénients, c’est aussi une manière de renouer avec la logique du développement spécifique. Et de maîtriser la liberté parfois inquiétante qu’offre le logiciel libre.

Les impacts financiers.

Avant de se lancer dans un changement de son modèle d’affaires, il est nécessaire d’analyser les impacts financiers d’un passage au libre qui se retrouvent sur la migration des sources de chiffre d’affaires et sur le besoin en fonds de roulement.
De manière générale, le chiffre d’affaires est réalisé différemment. Il y a une perte de chiffre sur les licences qui est à compenser sur les services associés, il faut donc être capable de mesurer si la viabilité est au final assurée.
Enfin, il ne faut pas négliger l’impact sur le Besoin en Fond de Roulement. Là ou l’éditeur encaissait autrefois au moment de la vente le prix de la licence, il devra cette fois tenir compte de la mensualisation du prix du service. La vente de services facturés généralement par abonnement se substitue à la vente de licences facturées au moment de cette vente. L’impact sur le BFR n’est donc pas à négliger et peut se révéler primordial. Néanmoins, s’il ne s’agit que de l’utilisation de quelques briques Open Source pour étendre son offre, l’impact sur le BFR n’est pas un problème.

Merci au webmaster du site qui m’a aidé à regrouper ces données. Les données chiffrées peuvent parfois datés, mais cela n’enlève rien à l’idée de ce dossier : Vive le Logiciel Libre !

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